La raison profonde
Pourquoi c’est l’aîné de la salle qui gagne le plus
La Dre Montessori décrivait la croissance humaine de la
naissance à vingt-quatre ans comme quatre « plans de développement » : de
la naissance à six ans, de six à douze, de douze à dix-huit, de dix-huit
à vingt-quatre. Chaque plan a ses besoins et ses caractéristiques
propres, qui montent puis s’estompent sur environ six ans. Elle a ensuite
bâti une méthodologie et des matériels répondant aux besoins de chacun.
La scolarité conventionnelle tend à faire d’un enfant en année de
transition le plus jeune d’un nouveau groupe. Montessori fait
l’inverse : elle en fait le plus âgé et le plus mûr d’un groupe qu’il
connaît déjà, et lui confie des responsabilités adaptées à son âge. Il
devient l’un des chefs de file éducatifs et civiques d’une petite
communauté.
L’effet sur la salle est considérable. L’effet sur l’enfant est plus
grand encore. Se tenir droit tout au long d’une année incertaine, tout en
intériorisant discrètement deux années de travail scolaire en les
expliquant à plus jeune que soi, produit quelque chose qu’aucune quantité
d’enseignement supplémentaire n’obtient.
On ne comprend vraiment que ce qu’on sait enseigner
Donner une leçon à un enfant plus jeune oblige l’aîné à réduire une idée
complexe à ses éléments les plus simples et à la transmettre clairement.
S’il n’y parvient pas, cela saute aux yeux — aux siens comme à ceux de
son enseignante — et il lui faut une autre leçon avant d’aller plus loin.
Sans jamais tout à fait s’en rendre compte, les enfants de troisième
année consolident et scellent deux années de compétences avant d’éclore
dans le cycle suivant.
Et l’argument pratique
Les enfants de maternelle ont bien plus en commun avec des enfants de
trois et quatre ans qu’avec des enfants de huit et neuf ans. Les
regrouper en conséquence n’est pas de la sentimentalité ; c’est une
lecture raisonnable de la façon dont les enfants de cet âge se
fréquentent réellement.
Le coût d’un départ prématuré n’est pas supporté par le seul enfant qui
part. Les plus jeunes perdent le leadership, le mentorat et
l’enseignement des aînés qu’ils commençaient à admirer.